Haras des Mirys

 

Des montagne d'Asie occidentale, le cheval nisséen migre vers l'Est, jusqu'en Asie centrale où on le retrouve vers le Ier siècle de n.è. au pays de Ferghana, dans l'actuel Ouzbékistan — là, on le fait évoluer vers un modèle plus baroque. En Bactriane, il prend le nom de Ferghana, et c'est par la vallée du même nom qu'il atteint la Chine où le pouvoir impériale l'importe en masse, dès la dynastie Han, pour la remonte de son armée. En Chine, ce cheval prend une place importante : il est très largement représenté dans la statuaire et dans la peinture sous sa forme très baroque, monture de guerre et des loisirs, notamment des joueuse de polo, il y évoluera durant plusieurs siècles avant de migrer à nouveau vers l'Europe en suivant, entre autres, la route de la soie. Il disparaîtra de son berceau d'origine où il n'existe plus du tout aujourd'hui, tandis que dans son berceau est-asiatique d'emprunt, on le trouve jusque autour du XIVe siècle, où il disparaît également avec la l'abandon des cavaleries cuirassées.

C'est avec les chevaux nisséens que les premières cavaleries lourdes antiques ont vu le jour en Asie occidentale. On nommait ces premiers chevaliers des temps anciens : les cataphractaires, mot qui dérive du grec kataphractos qui veut dire "fermé de tous côtés", en référence à l'armure portée par le cavalier et le cheval (ceci dit, une statuette de la déesse asiatique Astarté pourrait faire reculer cette invention du cheval caparaçonné au tout début du premier millénaire av. n.é.).

De l'Antiquité classique au Haut Moyen Âge, les cataphractaires servirent dans les armées comme troupe de choc. On comprend mieux pourquoi les nobles du Moyen Âge occidental ont été chercher dans le courant de sang oriental les montures qui allaient faire d'eux des chevaliers.

C'est donc en Europe, au Haut Moyen Âge, que l'on retrouve ces chevaux baroques asiatiques, — Nisséen et Ferghana —, d'une part, arrivé par la route de la soie et, d'autre part, amené par les armées romaines qui tardivement ont intégré à leurs troupes la cavalerie lourde eurasienne. Après l'effondrement de l'empire romain, ce cheval sera conservé et élevé par les Mérovingiens qui régnèrent sur une grande partie de la France et de la Belgique actuelles ; ils le croiseront avec les chevaux endémiques de l'Europe du Nord.

Preuve ténue et lointaine de leurs origines : des gènes rares de couleur ont posé leur emprunte sur certaines races modernes. Pour le Silver (origine Ferghana) : le Black Forest Horse et le Comtois ; pour le Pearl (origine Nisséen) : les chevaux ibériques.

Après la grande époque de la cavalerie lourde en Europe, — qui disparait comme en Chine autour du XIVesiècle —, ce cheval brillera à nouveau sous la selle des grands écuyers classiques européens du XVIe au XVIIIe  siècle. Et il fera aussi partie des souches qui repeupleront le nouveau monde…

Voilà une brève d'histoire qui retrace les grandes lignes de ma recherche et ce qui m'a amené il y a 7 ans de ça à choisir le suffixe "des Mirys" pour mon élevage.

Nos chevaux veulent appartenir à ce monde disparu, ils sont là pour faire renaître par la sélection ces premiers chevaux baroques d'origine orientale. Notre recette n'a rien de secret : nous puisons dans le sang des descendants ibériques, P.R.E et Lusitanien, que nous agrémentons de sang Arabe et Barbe dont les ancêtres orientaux ont participé à la formation des Nisséens et des Ferghana —, le tout augmenté, pour donner du corps à l'ensemble et s'inspirer des croisements réalisés par les Mérovingiens, d'une pincée de sang lourd avec le Comtois, une des dernières races européenne de chevaux de travail… rien de plus qu'une suite logique pour faire renaître le cheval baroque des origines.

Brèves d'histoires I

Génèse des Mirys

Depuis longtemps déjà (on se fait vieux décidément !), je soutiens la thèse suivante : ce sont les princes de la Perse antique qui ont créé les chevaux baroques — ils en ont dessiné les lignes, construit les formes, fixé les caractéristiques. Ces chevaux, dans la forme déjà aboutie du cheval nisséen, ont ensuite été adoptés par les Chinois — les statuettes de chevaux Han, Wei, Tang ou Ming témoignent de la fascination des nobles chinois pour les chevaux baroques d'origine persanne, réputés pour leur puissance et leur courage au combat.

Ainsi, durant des siècles, le cheval baroque a été asiatique… il est né sur le plateau iranien par la pratique de l'élevage et des croisements sélectifs débutés au début du premier millénaire avant notre ère par les tribus des Mitannis et des Kassites.

Autour du VIIe siècle av. n.è., l'empire mède indo-européen apporte la preuve du succès de cette sélection vieille de plus de 2 siècles : le Nisséen entre dans la légende. C'est la première "race" créée par l'homme - Hérodote, au Ve siècle av. n.è., célèbre les chevaux nisséens, élevés dans la plaine de Médie (au sud de la mer Caspienne) et rapporte que les chevaux blancs étaient considérés comme sacrés dans la cour de Xerxès Ier. Ce cheval élevé dans les monts Zagros servira de monture aux premières cavaleries lourdes eurasiennes.

Par la sélection, un cheval aux traits bien définis est né - voici comment le décrit Oppien d’Apamée qui vivait en Syrie au IIIe siècle av. n.è. : « Mais le coursier dont la beauté suprême efface celle de tous les autres, c'est le coursier de Nissée. Il sert de monture aux riches souverains. Sa taille élégante charme les yeux. Il offre au cavalier un siège commode, et sa bouche délicate obéit promptement au frein. Sa tête est petite, il est vrai, mais couronnée d'une épaisse et longue crinière qui flotte orgueilleusement sur son cou et dont la couleur brillante le dispute à l'or du miel. »

Les Mirys

En Persan, ce qui est "miry" descend des seigneurs, des princes, ce qui a donné "émir" ; c'est aussi la racine du mot "héritage" (miras) et celle du mot "mirakhor" qui veut dire "écuyer". À la cour de Perse, le "mirakhor bachi" était le grand écuyer, celui chargé de recevoir les chevaux que les tribus nomades turcomanes offraient en tribu au roi de Perse.

D'ailleurs, le mot "mirza" placé après le nom d'une personne indiquait que celui-ci était un prince de la famille régnante, et ce qui était "miri" appartenait au prince. Ce mot est passé au Turc et c'est pour cela qu'en Égypte, à la fin du XVIIIe siècle, le "miry" désignait un impôt foncier (durant la campagne d'Égypte, il sera payé à la république française par la province de Girgeh).


Alors pourquoi nos chevaux sont-ils "mirys" ?